Guerres récurrentes, crises humanitaires et tensions communautaires : face aux défis systémiques qui ébranlent la République Démocratique du Congo, la recherche scientifique s’allie à la pédagogie pour riposter par l’école.
Le Groupe d’Études sur les Conflits et la Sécurité Humaine (GEC-SH), en étroite collaboration avec l’Institut Supérieur Pédagogique (ISP-Bukavu) et avec l’appui financier de la Coopération Suisse, a posé les jalons du « Projet d’Éducation à la Paix » (EDUPAIX) du jeudi 18 au vendredi 19 juin 2026,. Cette initiative cruciale vise à intégrer la culture de la coexistence pacifique dans le programme national d’enseignement, de la maternelle au secondaire. Alors que l’Est de la RDC continue de traverser l’une des crises sécuritaires et humanitaires les plus complexes de son histoire, une lueur d’espoir émane de Bukavu. Face à l’essoufflement des seules réponses militaires et politiques, le GEC-SH et son partenaire, l’ISP-Bukavu, font un pari stratégique : soigner le mal à la racine en misant sur la jeunesse.
Réunies les 18 et 19 juin 2026 au Centre de Recherches pour le Kivu et au Campus Numérique Francophone Partenaire (CNFP), les forces vives de la recherche locale ont jeté les bases scientifiques du Projet d’Éducation à la Paix. À travers ce programme, la création d’un module scolaire innovant s’apprête à transformer les salles de classe en remparts contre la manipulation et les cycles de violence.

Un pont entre théories globales et réalités locales
L’ambition du Projet d’Éducation à la Paix dépasse les frontières de la RDC pour embrasser toute la région des Grands Lacs africains, elle aussi secouée par des tensions interconnectées. La série de manuels en préparation réalise une synthèse inédite : puiser à la fois dans les mécanismes locaux traditionnels de résolution des conflits et s’aligner sur les standards internationaux.
Pendant deux jours, sous la modération en présentiel de Sylvie Imata, le professeur Godefroid Muzalia, directeur du GEC-SH, et le doctorant Josaphat Musamba (intervenant en ligne) ont outillé les participants aux méthodes rigoureuses de recherche et d’analyse des dynamiques communautaires. L’enjeu est de taille : « Cette activité constitue une étape majeure pour harmoniser nos méthodes de collecte et d’analyse. Elle va nous permettre de produire des données fiables, capables d’orienter concrètement les actions de prévention des conflits », ont souligné les organisateurs.
La « Théorie du Changement » : désamorcer les crises dès l’enfance
Le projet repose sur une équation logique face à l’urgence actuelle : si un diagnostic terrain approfondi est posé, que des modules adaptés sont développés et que les enseignants, les parents et les institutions politiques sont mobilisés, alors les pratiques éducatives changeront. À terme, les enfants intégreront les valeurs de tolérance, renforçant ainsi la résilience des communautés face aux chocs et aux divisions. Bénéficiant du soutien financier déterminant de la Direction du Développement et de la Coopération Suisse (DDC), la vision du Projet d’Éducation à la Paix cible l’écosystème de l’enfant dans sa globalité, de 4 à 18 ans : les élèves eux-mêmes, mais aussi les familles, les enseignants et les autorités éducatives.
Les grands axes du Projet d’Éducation à la Paix :
Concernant les objectifs, le programme vise à concevoir un plan complet d’éducation à la paix, à renforcer les curricula scolaires dès le plus jeune âge et à diversifier les acteurs engagés pour la paix. Pour ce qui est de la vision, l’initiative cherche à transmettre les valeurs de tolérance, promouvoir l’égalité des genres, renforcer la bonne gouvernance et éradiquer définitivement les anti-valeurs chez les jeunes. Quant aux résultats attendus, le projet table sur des modules pédagogiques validés, des enseignants formés, des parents sensibilisés ainsi que des comportements transformés à long terme.
Cap sur le terrain : le déploiement est imminent


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