{"id":561,"date":"2024-04-18T14:41:56","date_gmt":"2024-04-18T14:41:56","guid":{"rendered":"https:\/\/gecshceruki.org\/?p=561"},"modified":"2024-04-18T14:43:18","modified_gmt":"2024-04-18T14:43:18","slug":"nous-sommes-des-morts-vivants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/nous-sommes-des-morts-vivants\/","title":{"rendered":"\u00ab NOUS SOMMES DES MORTS VIVANTS \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-4aa7ee24eb47e561dae0975fd9bc4e9c\"><em><strong>Le quotidien des r\u00e9fugi\u00e9s burundais au camp de rassemblement \u00e0 Sange (Chefferie de la plaine de la Ruzizi)<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-cb092fcfd811d8c2e3bff95a3945141a\" style=\"color:#cb1616\"><em><strong>Par: IMMACUL\u00c9E-KEREN MUZALIA SAFI,AIM\u00c9E MAPENDO MARHEGANE,JOSAPHAT MUSAMBA.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Novembre 2023, alors que nous sortions de la ville d\u2019Uvira, sur les motocyclettes, nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Sange. Apr\u00e8s les proc\u00e9dures administratives que nous avions faites, la route vers le camp<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>des r\u00e9fugi\u00e9s burundais \u00e9tait d\u00e9sormais ouverte. Arriv\u00e9s sur place, l\u2019on pouvait observer la promiscuit\u00e9 dans laquelle ces acteurs et demandeurs d\u2019asiles vivaient. Des abris en tentes bleus et d\u2019autres faits des sachets entourent le camp. Parce que le camp ne peut contenir tous ces acteurs, certains Burundais sont accueillis et habitent avec leurs enfants autour du camp. La Croix-Rouge congolaise, bien qu\u2019elle apporte son appui, chlore de l\u2019eau que ces r\u00e9fugi\u00e9s consomment dont un agent se plaignaient de leur resistance. Il y a alors lieu de se demander comment ces r\u00e9fugi\u00e9s et demandeurs d\u2019asile burundais vivent dans leurs camps de rassemblement avant d\u2019\u00eatre d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 Kamvivira, Mulongwe, Lusenda et Malinde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, en date du 15 mai 2015, un putsch ou coup d\u2019\u00c9tat avortait au Burundi. Le g\u00e9n\u00e9ral Godefroid Niyombare et d\u2019autres g\u00e9n\u00e9raux tentaient de renverser le feu Pr\u00e9sident Pierre Nkurunziza. Cette tentative avait provoqu\u00e9 un afflux des r\u00e9fugi\u00e9s burundais aussi bien dans l\u2019Est de la RDC qu\u2019au Rwanda. Citant Plauchut (2015), Muzalia notait que suite \u00e0 cet incident, environs 105. 000<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> personnes se sont d\u00e9plac\u00e9es de force et avaient trouv\u00e9 refuge dans les pays voisins. Ce flux migratoire avait entra\u00een\u00e9 ipso facto. L\u2019\u00e9rection de nombreux camps des r\u00e9fugi\u00e9s, pour accueillir les d\u00e9plac\u00e9s burundais. C\u2019est dans ce contexte que fut cr\u00e9\u00e9 le camp de rassemblement des r\u00e9fugi\u00e9s situ\u00e9 dans la cit\u00e9 de Sange, en chefferie la plaine de la Ruzizi.<\/p>\n\n\n\n<p>Situ\u00e9 \u00e0 moins de cinq kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re, le site de Sange, est appel\u00e9 aussi \u00ab&nbsp;1<sup>er<\/sup>&nbsp;\u00bb parce que tous les r\u00e9fugi\u00e9s burundais, avant d\u2019\u00eatre install\u00e9s d\u00e9finitivement dans les camps de Lusenda ou de Malinde, doivent y passer pour identification et fichage. Ensuite, ils peuvent \u00eatre dirig\u00e9s \u00e0 Uvira -centre avant d\u2019\u00eatre conduits \u00e0 Fizi. &nbsp;Malheureusement, pour certains, il serait devenu un \u00ab camp permanent de fait&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>en d\u00e9pit de sa promiscuit\u00e9 avec le Burundi. Notons qu\u2019en novembre 2023, le camp de Sange abritait dix mille r\u00e9fugi\u00e9s burundais<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a> qui interagissaient avec la communaut\u00e9 h\u00f4te, les habitants de Sange.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Haut-Commissariat pour les R\u00e9fugi\u00e9s (HCR) &nbsp;bureau du Sud-Kivu et la commission nationale pour les r\u00e9fugi\u00e9s (CNR) consid\u00e8rent un camp de transit pour r\u00e9fugi\u00e9s comme un lieu temporaire d\u2019accueil et de protection garantissant \u00e0 ces derniers les soins de sant\u00e9, la nourriture et l\u2019eau potable. Ainsi, ces camps sont, au d\u00e9part, con\u00e7us pour faciliter le processus d\u2019enregistrement des personnes d\u00e9plac\u00e9es, en leur fournissant un lieu s\u00fbr \u00e0 court terme et en les orientant vers des solutions durables. C\u2019est entre autres la r\u00e9installation dans un pays d\u2019accueil ou le rapatriement dans leurs pays d\u2019origine selon leur volont\u00e9. Subs\u00e9quemment, les r\u00e9fugi\u00e9s devraient y \u00eatre identifi\u00e9s avant d\u2019\u00eatre install\u00e9s sur des sites beaucoup plus s\u00e9curis\u00e9s et souvent loin de la fronti\u00e8re avec leurs pays d\u2019origine. L\u2019implantation du camp de Lusenda ou celui de Mulongwe dans le territoire de Fizi (RDC) \u00e0 plus d\u2019une centaine de Kilom\u00e8tre de la fronti\u00e8re burundo-congolaise \u00e0 Kamvivira mais aussi celle lacustre (Lac Tanganyika), serait motiv\u00e9e par cet argument.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, les rapports entre les r\u00e9fugi\u00e9s et les habitants de Sange entourant le camps sont caract\u00e9ris\u00e9s par des hauts et des bas. Comme \u00e0 Lusenda et Katungulu, les r\u00e9fugi\u00e9s burundais ont \u00e9t\u00e9 au centre des tensions<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> avec les populations h\u00f4tes en ce qui concerne les questions d\u2019approvisionnement en eau, en l\u2019acc\u00e8s aux bois de chauffe et les probl\u00e8mes de terres en marge de celles li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de leurs enfants. Des tensions ont \u00e9merg\u00e9 dans certaines zones entre les r\u00e9fugi\u00e9s et les populations h\u00f4tes au point que des ONG sont intervenues avec des projet de r\u00e9solutions des conflits entre r\u00e9fugi\u00e9s et populations h\u00f4tes. Le point de rassemblement des r\u00e9fugi\u00e9s burundais de Sange n\u2019est pas non plus exclu de ces dynamiques. Parce qu\u2019ils n\u2019avaient que deux toilettes, ils allaient utiliser les champs des habitants comme lieu d\u2019aisance. S\u2019agissant de services qu\u2019ils rendent \u00e0 la population de Sange, certains r\u00e9fugi\u00e9s se plaignent de ne pas \u00eatre pay\u00e9s \u00e0 la fin des travaux effectu\u00e9s. Il faut noter que plusieurs d\u2019entre eux sont des agriculteurs. Pour survivre, ils se rendent \u00e0 la recherche de travaux champ\u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>La question centrale \u00e0 laquelle le pr\u00e9sent blog tente de r\u00e9pondre est la suivante&nbsp;: <strong>Comment expliquer les interactions entre les r\u00e9fugi\u00e9s burundais rencontr\u00e9s au camp de rassemblement de Sange avec les populations dans le contexte de promiscuit\u00e9, de r\u00e9duction des aides humanitaires et de conflits arm\u00e9s observ\u00e9s dans la chefferie plaine de la Ruzizi&nbsp;?<\/strong> Ensuite, deux autres questions se posent, notamment&nbsp;: 1) quelle est la politique de r\u00e9int\u00e9gration durable et la situation humanitaire du camp alors que connaissant la capacit\u00e9 d\u2019accueil est trop limit\u00e9&nbsp;par rapport aux r\u00e9fugi\u00e9s&nbsp;? 2) comment expliquer l\u2019existence d\u2019un camp de transit pendant huit ans, tandis que l\u2019afflux des r\u00e9fugi\u00e9s se serait estomp\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9thodologiquement, ce blog est parti des entretiens semi-directifs et des focus groups que nous avions organis\u00e9s avec les r\u00e9fugi\u00e9s burundais, certains membres de la communaut\u00e9 d\u2019accueil, quelques humanitaires et d\u2019autres acteurs. Nous nous sommes rendus sur le lieu pendant une p\u00e9riode et avions nourri notre observation participante. Quelques images ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9es en guise d\u2019illustration.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre l\u2019introduction et les constatations, le papier est structur\u00e9 autour de huit points significatifs. Si dans un premier nous pr\u00e9sentons les profils de ces locataires, dans un second nous situons les motivations \u00e0 la base de la demande d\u2019asile politique ou de refuge. Dans un autre point, nous analysons les liens entre ces r\u00e9fugi\u00e9s et les putschistes de 2015. Les points suivants sont centr\u00e9s sur les questions autour du camp et sa nature, et des mouvements de aller-retour ou pendulaires observ\u00e9s dans le camp. En plus des rapports tant\u00f4t paisibles, tant\u00f4t tendus entre les r\u00e9fugi\u00e9s et la communaut\u00e9 h\u00f4te, un autre point analyse des question d\u2019hygi\u00e8ne du camp et l\u2019auto-perception des r\u00e9fugi\u00e9s. Enfin, il se cl\u00f4ture par les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la prise en charge institutionnelle. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>REFUGI\u00c9S AUX PROFILS MULTIPLES\u00a0?<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Selon refugi\u00e9s, les profils des Burundais qui sont arriv\u00e9s dans le camp \u00e0 Sange sont tr\u00e8s diversifi\u00e9s si l\u2019on s\u2019en tient aux motivations \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9placement ou du statut des personnes qui cherchent l\u2019asile ou le refuge. S\u2019agissant des motivations de la fuite, trois cat\u00e9gories de r\u00e9fugi\u00e9s se sont d\u00e9gag\u00e9es&nbsp;: la premi\u00e8re est celle de ceux qui ont fui les violences qui ont caract\u00e9ris\u00e9 le contexte d\u2019apr\u00e8s le putsch manqu\u00e9 de 2015.&nbsp; Cette cat\u00e9gorie englobe aussi bien des \u00e9lites suppos\u00e9es proches des g\u00e9n\u00e9raux et officiers putschistes et leurs d\u00e9pendants que des citoyens ordinaires effray\u00e9s par le contexte de violence. La deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie est celle des personnes victimes de la chasse \u00e0 l\u2019homme. Parce que suspect\u00e9es \u00e0 tort ou \u00e0 raison de complicit\u00e9 avec les putschistes. Cette cat\u00e9gorie inclut \u00e9galement des membres du parti au pouvoir (CNDD\/FDD)<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a> en disgr\u00e2ce. Enfin, la troisi\u00e8me cat\u00e9gorie est celle des citoyens ordinaires, g\u00e9n\u00e9ralement de paysans, dont les terres ont \u00e9t\u00e9 spoli\u00e9es par l\u2019\u00c9tat burundais, suite aux travaux du plan urbanistique des routes reliant la ville de Bujumbura \u00e0 la r\u00e9gion de Cibitoke.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>1.1.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em>Les r\u00e9fugi\u00e9s politiques&nbsp;associ\u00e9s aux putschistes de 2015 <em><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;A cause de ce coup d\u2019\u00c9tat rat\u00e9, la guerre s\u2019\u00e9tait d\u00e9clench\u00e9e, nous \u00e9tions oblig\u00e9s de fuir la guerre&nbsp;\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La grande partie des r\u00e9fugi\u00e9s se trouvant actuellement dans le camp de rassemblement de Sange \u00ab1<sup>er<\/sup>\u00bb sont majoritairement issus des conflits politiques cr\u00e9es par la d\u00e9faite du putsch manqu\u00e9 de mai 2015. En effet, apr\u00e8s la tentative de coup d\u2019\u00c9tat, e gouvernement de feu Pierre Nkurunziza s\u2019\u00e9tait investi dans une campagne de chasse \u00e0 l\u2019homme. Le climat de guerre qui prit place et rendit le pays incertain. Des &nbsp;\u00ab&nbsp;Imbonerakure&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a> s\u2019\u00e9taient r\u00e9activ\u00e9s et \u00ab&nbsp;travaill\u00e8rent&nbsp;\u00bb c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te avec l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1.2.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; R\u00e9fugi\u00e9s politiques sans liaison ou implication directe au putsch de 2015<\/h3>\n\n\n\n<p>Une deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie des r\u00e9fugi\u00e9s pourrait \u00eatre qualifi\u00e9e de celle qui se consid\u00e8re comme \u00ab&nbsp;victimes innocentes&nbsp;de l\u2019 incident de 2015 \u00bb. Si les services de s\u00e9curit\u00e9 du Burundi, y compris les Imbonerakure, les ont suspect\u00e9s sans brandir des preuves tangibles de leur liaison directe avec les putschistes, il apparait que cette guerre n\u2019a tol\u00e9r\u00e9 aucune implication des d\u00e9fenseurs des droits de l\u2019homme qui, dans l\u2019exercice de leur travail quotidien, d\u00e9non\u00e7aient les exactions des acteurs \u00e9tatiques sur les populations civiles ou encore des cadres du CNDD\/FDD qu\u2019ils supposaient \u00eatre des tra\u00eetres. Un r\u00e9fugi\u00e9 jadis membre du CNDD\/FDD fait partie de cette cat\u00e9gorie et nous d\u00e9clare ce qui suit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;\u2026 J`\u00e9tais membre d`un parti politique et agent de s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 cause des poursuites du pouvoir j`ai jug\u00e9 bon de fuir le Burundi&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>De cette d\u00e9claration, il est visible que les acteurs dissidents ne furent pas tol\u00e9r\u00e9s dans le syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>1.3.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em>\u00ab&nbsp;Ou la guerre civile ou des projets de developpement&nbsp;?&nbsp;\u00bb<em><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019investissement dans l\u2019immobilier et d\u2019autres infrastructures a constitu\u00e9 la priorit\u00e9 du gouvernement burundais apr\u00e8s la d\u00e9stabilisation des putschistes de mai 2015. La r\u00e9habilitation de deux tron\u00e7ons routiers en a constitu\u00e9 l\u2019activit\u00e9 principale. Dans un premier temps le r\u00e9am\u00e9nagement de la route reliant la ville de Bujumbura \u00e0 Ruhwa a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9.&nbsp; Ensuite, celle reliant la ville de Bujumbura \u00e0 la fronti\u00e8re congolaise en passant par la commune de Mutimbuzi. Le trac\u00e9 de cette deuxi\u00e8me route a conduit le gouvernement \u00e0 expulser plusieurs paysans de leurs terres. Du coup, devenues rares, les terres ont fait l\u2019objet de plusieurs conflits entre paysans qui n\u2019h\u00e9sitaient pas de recourir \u00e0 la machette pour s\u00e9curiser leurs espaces. Entre temps, les tentatives de r\u00e9sistance paysanne \u00e0 la \u00ab&nbsp;spoliation&nbsp;\u00bb faite par l\u2019Etat ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement r\u00e9prim\u00e9es et beaucoup de victimes, d\u00e9pouill\u00e9es de moyens de subsistance, ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 d\u2019aller chercher la vie ailleurs&nbsp; :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>j\u2019avais fui le Burundi \u00e0 cause des conflits parcellaires, les gens s\u2019entretuaient \u00e0 cause des champs et des parcelles<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs r\u00e9fugi\u00e9s fonciers sont des paysans agriculteurs originaires de Rugombo dans la province de Cibitoke o\u00f9 le gouvernement a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 beaucoup plus de terres pour \u00ab&nbsp;raison d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u00bb. Pour les paysans \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00c9tat avait fait passer la route dans leurs parcelles les for\u00e7ant ainsi \u00e0 une vie d\u2019errance<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>DU POINT DE RASSEMBLEMENT OU CAMP DE TRANSIT DE FAIT<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le camp \u00ab 1<sup>er<\/sup>\u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9 presque spontan\u00e9ment. La pr\u00e9sence des r\u00e9fugi\u00e9s sur le site a tr\u00e8s vite suscit\u00e9 la mobilisation des humanitaires. Aussit\u00f4t, 1<sup>er<\/sup> est devenu le premier lieu de regroupement des fugitifs. En principe, ces derniers devraient juste y \u00eatre identifi\u00e9s, puis conduits dans un deuxi\u00e8me site de transit \u00e0 Kavimvira&nbsp;\/Uvira, le site 2<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e0 partir duquel la r\u00e9installation \u00ab&nbsp;d\u00e9finitive&nbsp;\u00bb devrait \u00eatre faite. Les sites de Lusenda en territoire de Fizi (d\u00e9j\u00e0 plein depuis 2016) et Mulongwe en territoire de Fizi (ouvert en 2017) \u00e9taient des lieux potentiels pour cette r\u00e9installation mais ils connaissent aussi des tensions et manquent d\u2019assistance<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Ces sites avaient d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u plusieurs autres r\u00e9fugi\u00e9s qui avaient franchi la fronti\u00e8re congolaise par les postes frontaliers de Kiliba et de Kavimvira durant la m\u00eame p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p>Mentionnant le rapport de UN Refugees Agency du 30 avril 2017, mentionne que 1236 r\u00e9fugi\u00e9s burundais ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s biom\u00e9triquement, les nouveaux n\u00e9s et les regroupements familiaux y compris. Malgr\u00e9 les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour admettre les nouveaux arriv\u00e9s dans le camp surpeupl\u00e9, 1235 demandeurs d\u2019asile s\u00e9journaient \u00e0 proximit\u00e9 des centres de transit en attendant d\u2019\u00eatre accueillis. A compter le 30 avril 2017, ils ont eu acc\u00e8s \u00e0 une aide de base mais vivaient dans des conditions extr\u00eamement difficiles, souvent sans abri.<\/p>\n\n\n\n<p>Neuf ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, 1<sup>er&nbsp;<\/sup>est toujours op\u00e9rationnel. Plusieurs explications pourraient \u00eatre avanc\u00e9es pour comprendre cette situation. Certaines sont li\u00e9es au contexte s\u00e9curitaire dans la r\u00e9gion, d\u2019autres sont cons\u00e9cutives aux exigences internationales en rapport avec l\u2019installation des camps de r\u00e9fugi\u00e9s, d\u2019autres enfin sont \u00e0 chercher dans les difficult\u00e9s qu\u2019\u00e9prouvent pour l\u2019instant le gouvernement congolais \u00e0 s\u2019impliquer dans la prise en charge des r\u00e9fugi\u00e9s dans cette zone, consid\u00e9r\u00e9e comme une zone rouge, une zone o\u00f9 des milices communautaires sont parvenues \u00e0 \u00e9riger des espaces de pouvoir qui \u00e9chappent \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Les r\u00e9fugi\u00e9s sont ainsi contraints \u00e0 r\u00e9inventer le quotidien pour faire face \u00e0 ces r\u00e9alit\u00e9s. Face aux nouveaux arrivants, le camp de Lusenda a atteint sa limite de capacit\u00e9, cr\u00e9ant une pression importante sur la fourniture de services de base et essentiels, la surpopulation pose \u00e9galement un s\u00e9rieux probl\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9. Le camp de Sange reste op\u00e9rationnel.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Yasmine Bouagga, \u00ab&nbsp;Camps et campements de r\u00e9fugi\u00e9s&nbsp;\u00bb, <em>Historiens et g\u00e9ographes<\/em>, 447, 2019, p.&nbsp;47.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Agathe Plauchut, <em>Burundi<\/em><em>\u202f<\/em><em>: les cons\u00e9quences d\u2019un coup d\u2019\u00c9tat manqu\u00e9<\/em>, Bruxelles, GRIP, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Cela veut dire qu\u2019initialement, ils devraient rester pendant une dur\u00e9e courte mais ils y passent plus de temps que pr\u00e9vu. Cela devient alors un camp permanent pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Au moment o\u00f9 nous collections les donn\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire novembre 2023<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Prince Centwali, \u00ab&nbsp;Sange\u202f: attention, les r\u00e9fugi\u00e9s burundais dans le camp de transit \u00e0 Sange ne sont pas des \u00ab\u202fporcs\u202f\u00bb&nbsp;\u00bb, <em>La Prunelle RDC<\/em>, 31 juillet 2023, https:\/\/laprunellerdc.cd\/sange-attention-les-refugies-burundais-dans-le-camp-de-transit-a-sange-ne-sont-pas-des-porcs\/&nbsp;; Prince Centwali, \u00ab&nbsp;Sange\u202f: d\u00e9shumaniser et diaboliser les autres n\u2019engendrera que des violences\u202f!&nbsp;\u00bb, <em>La Prunelle RDC<\/em>, 10 septembre 2023, https:\/\/laprunellerdc.cd\/sange-deshumaniser-et-diaboliser-les-autres-nengendrera-que-des-violences\/.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Conseil national pour la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie-Forces de d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Entretien n\u00b01 avec un r\u00e9fugi\u00e9, Sange , 9 novembre 2023<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Membres de la ligue de Jeunes du parti CNDD-FDD, les Imbonerakure sont per\u00e7us diff\u00e9remment. Outre le fait qu\u2019ils soient si militaris\u00e9s, les Imbonerakure jou\u00e8rent un r\u00f4le majeure dans le Burundi de Nkurunziza et de Ndayishimiye.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Rfi, \u00ab&nbsp;RDC: la tension monte au camp de r\u00e9fugi\u00e9s burundais de Lusenda&nbsp;\u00bb, <em>RFI<\/em>, 10 janvier 2016, https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20160110-rdc-tension-monte-camp-refugies-burundais-lusenda&nbsp;; TV5MONDE, \u00ab&nbsp;VID\u00c9O. RDC\u202f: la peur des r\u00e9fugi\u00e9s burundais dans le camp de Lusenda&nbsp;\u00bb, <em>TV5MONDE<\/em>, 14 mai 2017, https:\/\/information.tv5monde.com\/afrique\/rdc-la-peur-des-refugies-burundais-dans-le-camp-de-lusenda-26527.<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/gecshceruki.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Keren-Mapendo-Musamba-2024-BlogBurundaisSange-FINAL.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Embed of Keren-Mapendo-Musamba-2024-BlogBurundaisSange-FINAL.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-fe0e5ca4-2d52-40cf-b935-a85584979921\" href=\"https:\/\/gecshceruki.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Keren-Mapendo-Musamba-2024-BlogBurundaisSange-FINAL.pdf\">Keren-Mapendo-Musamba-2024-BlogBurundaisSange-FINAL<\/a><a href=\"https:\/\/gecshceruki.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Keren-Mapendo-Musamba-2024-BlogBurundaisSange-FINAL.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-fe0e5ca4-2d52-40cf-b935-a85584979921\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le quotidien des r\u00e9fugi\u00e9s burundais au camp de rassemblement \u00e0 Sange (Chefferie de la plaine de la Ruzizi) Par: IMMACUL\u00c9E-KEREN MUZALIA SAFI,AIM\u00c9E MAPENDO MARHEGANE,JOSAPHAT MUSAMBA&#8230;.<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":564,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-561","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-publications"],"views":2931,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/gecshceruki.org\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Photo-Camp-de-rassemblement-des-refugies-burundais-\u2013-Sange-Copyright-Mapendo-Mareghane-Aimee.png","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/561","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=561"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/561\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":568,"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/561\/revisions\/568"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/564"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=561"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=561"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gecshceruki.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=561"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}